fleur de macadam

Point d’ancrage

Quand j’étais adolescente, la maman de ma chère amie Laurence disait qu’elle était une fleur de macadam. Cela me semblait tellement « normal » à moi, la petite fille de Paris, que j’ai mis des années à réaliser que cela ne l’était pas ; ça n’est pas la norme. Certaines personnes grandissent connectées à la nature, aux animaux, à leurs sons, à leurs signes. D’autres sont élevées par les exigences de la ville.

Détermination ou déterminisme ?

Ces dernières années, j’ai vu beaucoup de jolies fleurs pousser sur des sols et murs de pierre, de bitume, de roches. Des fleurs de macadam ! Pas plus tard que samedi sur mon trajet en train entre l’Isle-sur-la-Sorgue et Marseille, il y en avait partout. Comme sur les murs bretons. On peut donc tout à fait croître, fleurir et parvenir à maturité en connexion avec le roc, le bitume ou la technologie. Une question de détermination ou de déterminisme ? Autre exemple : regardez les fruits et légumes que l’on nous vend à Albert Heijn, Jumbo ou Coop. Ils parviennent à maturite sans même avoir appartenu a la nature. CQFD, non ?

Une carte bien programmée

Je suis comme tous ces végétaux, je ne pousse pas dans mon terroir naturel, je suis [encore] très peu connectée a Mère Nature, n’embrasse pas les arbres, ne parle pas aux plantes qui m’entourent, n’échange pas avec les animaux que je n’ai pas, ne salue pas le soleil ni n’observe les étoiles. Et pourtant, je me sens bien, je suis heureuse, j’ai envie de me réveiller le matin et je suis pleine de gratitude d’être une fleur de macadam qui fleurit sur les pavés bruns et dans les briques rouges. Je n’en ai pas honte, ma carte mère fonctionne. Je n’ai pas de plainte à émettre non plus ; j’ai toujours aimé ma vie à la ville, si bien que j’ai cherché à la prolonger en d’autres territoires.

Oui mais…

Souvent, je me demande à quoi tout cela rime. Travaillant de la maison, je pourrais habiter n’importe où tant que la connexion internet est de haute qualité. Je le fais d’ailleurs un quart de l’année. Pour le prix de mon appartement de capitale, je pourrais probablement offrir à mes enfants une maison(ette), un jardin (parc ?), une piscine, le chien tant convoité, un potager, l’ombre des arbres centenaires, que sais-je ? Et pourtant je ne m’en sens pas capable. Le jour où je le deviendrai, il sera peut-être trop tard, les enfants seront partis et je n’aurai sûrement plus le goût de jardiner.

Quand on est parent, on ne cesse de se demander si l’on fait les bons choix, pour la communauté, pour la fratrie, pour chacun, pour soi (lorsqu’on réalise que l’on a le droit ou même le devoir d’exister). Mais on n’a jamais de réponse. Alors on essaie, on se trompe, on ajuste, on recommence !

Quoiqu’il advienne, notre chemin importe autant que notre destination. 

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